L’amour est dans le bio !

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Les sites de rencontres estampillés « écolo » se multiplient. Plongée au coeur de l’un des plus anciens, Amours-bio.com. Contes de fées 100% naturels garantis.

Vieux légume cherche jolie jardinière. Adepte du nu souhaite partenaire pour pratiquer naturisme sauvage en montagne. Végétarien partage fourchette avec flexitarien, vegan ou crudivore. Ne riez pas. L’affaire est sérieuse. Ils sont des centaines sur le site de rencontres Amours-bio.com à tenter de conjuguer le « il était une fois » à la mode verte. A l’heure où les jeunes draguent à tout-va sur Meetic ou Tinder, ces héritiers des hippies des années 1970 ont choisi un site spécialisé pour y trouver l’âme soeur en phase avec leur mode de vie.

Amours-bio.com n’est pas le seul à exploiter le créneau du site estampillé écolo -MyGreenLovers.com ou Vachement.fr s’y essaient aussi-, mais il cultive sa petite musique. Son design à l’ancienne n’a rien pour séduire les trentenaires écolo-urbains-branchouilles qui assurent le récent succès des régimes vegan, paléo ou sans gluten? Peu importe.

Amours-bio.com a l’art de rassurer les plus âgés, installés dans des zones rurales et qui peinent à faire des rencontres dans la vraie vie. Le site a l’avantage de l’ancienneté -plus de 100000 inscrits depuis sa création- et une réputation de sérieux. Il est né en 2007 au sein d’un foyer écolo. La légende veut que Rose-Marie Pocard, la fondatrice, l’ait imaginé pour son fils. Ils vivent à la campagne, le jeune homme fait des études par correspondance, il est très timide. La maman crée son site, le fiston rencontre l’amour. L’expérience maternelle devient un business familial géré depuis un village de Dordogne de 3000 habitants.

Entre-soi garanti

Les abonnés y croisent des gens qui leur ressemblent. Le forfait -21 euros les trois mois ou 23 pour rester discret avec un paiement PayPal- est moins élevé qu’une annonce dans des revues spécialisées bio, mais suffisant pour éloigner les importuns ou les simples curieux. Bien sûr, comme sur les autres sites, les hommes ont tendance à préférer des partenaires de vingt ans plus jeunes qu’eux, certaines femmes postent une photo retouchée, mais, ici, tous les membres ont ce petit truc en plus qui ne trompe pas.

Ils aiment la randonnée, le potager ou la défense des animaux, bien plus que les sorties en boîte de nuit, la télévision ou les jeux vidéo. Ils sont adeptes de la lithothérapie (fondée sur le pouvoir des pierres), de l’hydrolathérapie (à partir d’eaux florales) ou de la baubiologie (influence de l’habitat sur l’humain). Aucune médecine alternative ne leur échappe. Et leur mode d’alimentation dit une autre vision du monde.

Lorsqu’il s’inscrit, en 2008, David mange bio depuis quinze ans, il est crudivore depuis 2000 -il ne se nourrit que de produits crus. Il a fréquenté d’autres sites, mais y a trouvé beaucoup de profils améliorés, voire faux. Surtout, il s’y est heurté à l’incompréhension de ses contacts. « Les gens sont persuadés qu’on raconte des fadaises lorsqu’on parle alimentation alors que, dans notre milieu, on sait que personne ne ment », explique cet informaticien qui a eu deux filles avec une compagne rencontrée sur Amours-bio.

Il se rappelle aussi avoir fait rire des amis d’enfance en évoquant le nom du site, qu’ils ont trouvé « cucul ». Delphine tient un blog sur lequel elle publie des recettes végétariennes et vegan, elle se souvient de son précédent compagnon et de sa tendance à la moquerie sur son régime alimentaire: « Même si la personne ne pratique pas de la même manière, il faut au moins qu’elle soit tolérante et à l’écoute », ajoute-t-elle.

Quand le végétarisme tourne à la passion dévorante

En fréquentant un site spécialisé, l’adepte du vert espère mettre plus de chances de son côté. Le bio, le végétarisme tournent parfois à la passion dévorante qui échappe totalement aux non-pratiquants. Dans ce monde, on peut en venir à ne plus manger de chocolat pour le plaisir, mais pour ses vertus diététiques, à ne plus penser ses tisanes qu’en bienfaits pour « articulations fatiguées », « transit paresseux » ou « règles douloureuses ».

On sort avec un cabas en toile pour ne pas avoir à recourir au plastique. On mange du couscous de fonio, on boit du kéfir, on utilise de l’huile de chanvre pour prendre soin de soi, de son corps et de sa tête tout en pensant à la planète. Mais ce qui apparaît comme de simples habitudes aux plus stricts des écolos peut vite devenir pesant aux moins militants, même follement amoureux.

 

Source : L’express